Les Armes chinoises


         De tous temps les armes ont suscité un intérêt majeur. Instruments de puissance et de pouvoir elles ont toujours eu un rôle à jouer dans les divers combats de l’humanité. Leur existence dépend de leur fonction. On rencontrera les armes des guerriers, celles servant d’outils aux paysans et artisans, les armes instruments de forces symboliques et philosophiques, les armes de chasses. On pourrait citer également les ustensiles des cuisiniers,…peut-être même que les armes les plus efficaces sont les traités d’art de la guerre utilisés par les généraux chinois, tel Sun Tse mais bon il s’agit ici d’un autre registre.

         La première pratique d’un jeune chinois dans les temps anciens était l’utilisation d’une arme, pour la plus simple des raisons: il fallait pouvoir défendre sa vie le plus efficacement possible. Le fait de posséder une arme pouvait écourter les combats de façon instantanée. La pratique à main nue que l’on pourrait dénommer par Kung-fu ou Ju Jiao (lutte chinoise) n’était enseignée qu’après, dans le cas où la personne se retrouvait désarmée. Et cela dans tous les pays du monde, de la Chine à la France en passant par l’Afrique… Il existe des cas spécifiques où les armes étaient proscrites, dans de telles situations soit les pratiquants devenaient de redoutables experts dans l’art du poing, soit utilisaient les armes outils. L’exemple d’Okinawa au Japon l’illustre bien avec les plantoirs à riz (Sai), les faucilles (Kama), les béquilles (Tonfa), les bêches,… que l’on retrouve d’ailleurs en Chine sous d’autres noms !

Pourquoi aujourd’hui pratiquer de tels instruments :

        Peut-être pour renouer avec nos instincts primaires ou encore pour compléter nos formes de Kung-fu à mains nues afin d’agrandir notre panel culturel, le plaisir de se retrouver ensemble pour répondre à nos questions favorites sur l’utilité de tel ou tel mouvement. Une autre réponse peut aussi être envisagée : la conservation de la santé à travers des mouvements corporellement sains et accroître la dextérité de l’esprit. Suivant la théorie des cinq éléments, chaque arme produit des effets sur le comportement. Le bâton décrit dans un autre chapitre et rattaché à l’élément Terre renforcera par exemple la réflexion, la volonté et le côté organisateur.

        Les quatre autres armes fondamentales sont l’épée, le sabre, la lance et la hallebarde. Chaque pratique d’instruments s’accompagne d’un salut, d’exercices de manipulations, d’une forme (tao) et d’applications avec partenaires. Des trois styles externes pratiqués dans San Yi Chuan, seuls Hung Gar et Tang Lang présentent des taos.

 

L’épée : l’arme des maîtres !

        Il existe plusieurs sortes d’épées, l’épée civile, l’épée militaire, l’épée en dent de poisson et bien d’autres encore. Celle nous intéressant est l’épée aux sept étoiles (Qi Xing Jian). Provenant du système Tang Lang il s’agit de l’arme en liaison avec l’élément feu. C’est une épée à double tranchant avec pour particularité d’avoir incrustées dans la lame sept pastilles de cuivre représentant la constellation de la Grande Ourse censées faciliter la circulation de l’énergie. L’utilisation de cette épée est vraiment particulière, les techniques requises présentées dans le tao ne permettent pas aux mouvements de trancher pour séparer comme avec un sabre, mais plutôt de couper finement mais surement ou encore de piquer. Au niveau des techniques proposées on retrouve la même finalité et efficacité que pour les bottes de Nevers et Jarnac entre autres. La subtilité des techniques n’en fait pas un instrument facile à apprivoiser. La manipulation de l’épée participera à la qualité de créativité et le côté « boute-en-train ».

 

Le sabre : une arme pour trancher !

       La qualité indéniable de l’élément métal réside dans le fait qu’il ne tergiverse pas longtemps autour d’une question, c’est trancher assez rapidement. Notre tao de sabre vient du système Hung Gar, lui assurant ainsi des positions au sol puissantes et bien marquées. Comme pour l’épée il existe un nombre de variété de sabre incroyable : le sabre en tête de démon, le sabre en double croissant de lune, le sabre long du Ciel et de la Terre,…et le sabre « civil » en feuille de saule. C’est ce dernier avec lequel nous réalisons nos sept coupes classiques avant d’effectuer le tao. La pratique du sabre encouragera la justice et l’intuition.

 

La lance : le singe en action !

      L’eau est son élément, le singe son animal. L’utilisation de cette arme favorise la sagesse et la prudence, ce n’est pas à un vieux singe que l’on apprend à faire la grimace. Les exercices d’introduction à cette arme sont les « glissés » pour une meilleure compréhension et sensation de cette arme longue, qui fait environ 2,20m. Il existe quelques types de lances différentes : la lance à denture de loup, la lance serpentine, la lance fondue à un crochet de Yue Fei,… et la lance simple « Mao » que nous manipulons avec prudence et sagesse. La forme se compose de 108 mouvements et est rattachée aux styles de notre école. A l’intérieur même de cette forme utilisant en grande partie l’élément eau on retrouve les cinq éléments dès les cinq premiers mouvements : une signature d’école.

 

La hallebarde : la cinquième arme classique !

      Un outil difficile à camoufler par sa taille de 2 mètres ! le bâton, au centre, est de chaque bout accompagné d'un côté par le contrepoids et de l'autre la lame d'une cinquantaine de centimètres. Cet instrument, par son poids, fortifie les muscles et tendons donc rattaché au Bois. Cette arme servait aux hommes de garde chargés surveiller les portes des palais et résidences officielles. Malheur à ceux qui voulaient rentrer sans être invités.

      Un des cinq "généraux tigres", le général Guan Yu, est souvent représenté avec une hallebarde qui selon la légende pesait près d'une quarantaine de kilos. En Europe des traditions de hallebardes existaient également comme par exemple celle des gardes suisses. 

 

Une surprise bruyante : l’éventail !

      Un savant mélange de feu et de métal, nous avons nommé l’éventail (Shan). Très pratique pour son côté rafraîchissant en été il n’en demeure pas moins une arme redoutable qui ne s’ouvre que lorsqu’il est lancé ou dans d’autres occasions subtiles. Cette arme était en usage dans la cour de l’empereur. Les armes n’y étant pas admises, un courtisan menacé par un complot et par des gardes soudoyés pouvait ainsi se défendre. Certains de ces instruments étaient munis de pointes de fer aux extrémités des branches, facilitant ainsi la perforation des cuirasses des gardes.

 

      L’association Souffle et Vie propose chaque année un stage d’armes dirigé par Georges Charles chef de file de notre école et Thierry Borderie pratiquant et enseignant confirmé.Ce stage a pour but d’entretenir nos formes, nos armes et surtout nos principes afin que la tradition perdure à travers le temps et les siècles. D’un point de vue des cours hebdomadaires aucun d’entre eux n’est pour le moment réservé à la pratique des armes, hormis le bâton. Par contre à la fin des cours de Kung-fu ou de bâton une initiation est proposée pour assurer cette transmission. Actuellement nous sommes en mesure de montrer la pratique de l’épée, de l’éventail et du sabre.